Un Oeil sur.... Les Rohingyas, une ethnie persécutée

Publié le par Barack Baréma Bocoum

Mardi 3 février 2009, 198 Rohingyas ont été repêchés par la marine indonésienne au large de la pointe nord de l’île de Sumatra. Les rescapés, dans un état d’extrême faiblesse, ont été interrogés par le South China Morning Post. Ils ont déclaré avoir été roués de coups par des militaires Thaïlandais, ce que nie le gouvernement. Ils auraient ensuite été abandonnés en haute mer environ trois semaines plus tôt sur une barque de 12 mètres de long. Ils disent avoir perdu 22 compagnons, noyés.

Selon un rapport d’Amnesty International, au cours des trente dernières années, des centaines de milliers de Rohingyas ont fui le Myanmar pour rejoindre le Bangladesh,  la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie.

Les Rohingyas, ethnie minoritaire du Myanmar de confession musulmane, vivent dans l’Etat de Rakhine. Ils sont victimes de perpétuelles persécutions. Le régime militaire Birman leur refuse la nationalité birmane, estimant qu’ils sont Bangladeshis. Dans l’édition du 2 février 2009 du quotidien officiel « New light of

Myanmar », la Junte militaire a rappelé que les Rohingyas ne faisaient pas partie des « cent ethnies nationales » que compte le pays.

Le statut d’apatride des Rohingyas les rend vulnérables, ils font l’objet de discriminations et de violations des droits humains: travail forcé, confiscation de leurs terres, restrictions du droit de circuler librement.

Cette privation de leurs droits fondamentaux entraîne des répercussions graves sur leur sécurité alimentaire.

C’est ce qui pousse les Rohingyas à devenir des Boat people, des migrants qui fuient leur pays par la mer pour des raisons politiques, économiques, sociales. A cette époque de l’année la mer est moins dangereuse, ils sont alors des milliers à s’enfuir sur des embarcations de fortune, poursuivant le rêve d’une vie meilleure.

Des centaines d’entre eux se font capturer par l’armée thaïlandaise qui les rassemblent sur les îles Koh Surin ou Koh Sai Daeng où beaucoup sont battus avant d’être expulsés et reconduits en pleine mer, abandonnés sans vivres, sans voile ni moteur.

 

La Thaïlande et l’Indonésie refusent de considérer les Rohingyas comme des réfugiés politiques, ces derniers sont expulsés et renvoyés au Myanmar où ils s’exposent à nouveau à de graves violations des droits humains.

La situation devenant très critique ces derniers mois, Amnesty International a envoyé une lettre ouverte aux gouvernements du Bangladesh, d’Inde, d’Indonésie, de Malaisie, du Myanmar et de Thaïlande.

L’organisation recommande au Myanmar de « mettre immédiatement un terme aux persécutions systématiques de la minorité Rohingya, qui sont à l’origine de la crise ».

Elle demande à tous les gouvernements de « respecter leurs obligations aux termes du droit de la mer et offrir assistance à toutes les personnes qui sont en péril en mer », de ratifier les conventions des Nations Unies relatives au statut des réfugiés et des apatrides ainsi que de permettre l’établissement d’un contact entre les Rohingyas et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR).

Selon le HCR, « le sort des Rohingyas est un problème régional ». Le premier ministre thaïlandais, Abhisit Vejjajiva, en est conscient : il s’est engagé à organiser un forum régional sur la question des Rohingyas. Le gouvernement thaïlandais, qui assure actuellement la présidence de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN), a un rôle clé dans la résolution de la tragédie qui frappe l’ethnie Rohingya.

Il faudra sans doute que les états membres de l’ASEAN, traditionnellement attachés au principe de non-ingérence, fassent l’effort de pointer du doigt les exactions commises au Myanmar en les considérant comme la cause de l’afflux de centaines de milliers de Rohingyas dans leurs pays.

 

Marlène Biard : Master en Gestion des programmes Humanitaires

Publié dans ASIE & PACIFIQUE

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