Le Conseil de sécurité à l'épreuve des faits

Publié le par Barack Baréma Bocoum

onusiegeL’actualité des relations internationales étant si vaste et si complexe qu’on ne pourra évidemment pas  la traiter de manière exhaustive, cependant elle nous pousse à mener une réflexion sérieuse et objective sur la question de l’éventuel élargissement du conseil de sécurité de l’organisation des nations-unies.

En effet suite à l’élection de la Bosnie, du Gabon, du Brésil, du Liban et du Nigéria le 15 octobre 2009 au sein du conseil de sécurité où ils siègent pour deux ans en tant que membres non permanents depuis le 1er janvier 2010, beaucoup de spécialistes  et d’analystes des enjeux internationaux estiment qu’il est plus que nécessaire d’élargir l’organe le plus visible du système onusien en l’occurrence le conseil de sécurité dans afin de pouvoir répondre aux grands défis du temps présent.

Ainsi, il s'impose de mettre l'accent sur l'organe qui est le conseil de sécurité dans la mesure où il constitue l'un des clefs de ce sujet, mais surtout étant donné qu'il constitue le cadre principal d'affermissement de la paix et la sécurité internationales.

D'autant plus qu'il apparaît une importance toute particulière de cet organe tant par sa composition que sur ses compétences.

Ainsi le débat promet d'être long, riche et passionné sur la réforme de L’ONU et en particulier du Conseil de Sécurité dans ce contexte de mondialisation et en particulier dans cette seconde décennie du 21ème siècle.

Par conséquent il convient dès lors de procéder à la réforme du Conseil de sécurité, qui s’inscrit dans les logiques démographiques de la géopolitique mondiale du XXIe siècle. 

Parfaitement au fait de cette problématique, Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l'Organisation des nations-unies à l’époque, a pris le dossier à bras le corps et à présenté, en mars 2003, un projet de réforme en exhortant les Etats membres à rendre le Conseil de sécurité plus largement représentatif de la communauté internationale dans son ensemble, en correspondant mieux aux réalités géopolitiques d’aujourd’hui et, dans cette optique, augmenter le nombre de ses membres.

Toutefois dans le rôle et le fonctionnement du Conseil de Sécurité des Nations-Unies conformément aux dispositions pertinentes de la Charte de San Francisco,  nous nous sommes rendu compte de la responsabilité primordiale du Conseil de Sécurité en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Pour l'exercer, le Conseil de Sécurité doit compter sur un nombre limité des membres de l'ONU, à savoir quinze membres dont cinq ont le statut de membres permanents, avec pour conséquence, l'aptitude de bloquer par un vote négatif toute action du Conseil de Sécurité.

Par ailleurs le Conseil de Sécurité qui devait être la cheville ouvrière des Nations-Unies, l'instance régulatrice de l'action de l'ONU notamment et surtout en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales s'est révélée fort malheureusement incapable de remplir son rôle.

Miné par des divisions internes, des conflits d'intérêts, des luttes de leadership, le Conseil de Sécurité atteint très rarement l'unité d'action nécessaire à son efficacité.

 D'où le trop grand nombre de veto utilisé jusqu'ici par les 5 permanents, chacun voulant préserver ses intérêts nationaux contre toute action collective ''dangereuse''.

Voilà pourquoi, dans le souci de conserver au Conseil de Sécurité toute sa crédibilité en tant que garant de la paix et de la sécurité internationales, des voix sont de plus en plus nombreuses à se lever pour réclamer, exiger même, la réforme du Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

Mais faut-il réellement réformer le Conseil de Sécurité des Nations-Unies ? La question, nous nous la sommes posée sans complaisance depuis des années. Et la réponse est affirmative : il est nécessaire de réformer aujourd'hui le Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

Nécessaire parce qu'il faut accroître la représentativité du Conseil de Sécurité étant donné que la composition actuelle du Conseil de Sécurité ne reflète pas les changements dramatiques, importants, politiques et économiques, intervenus dans la communauté internationale pendant les cinquante dernières années.

Parmi ces changements, on peut citer l'accroissement du nombre des membres des Nations-Unies (51 Etats en 1945 :15 membres du Conseil de Sécurité ; 113 Etats en 1965 :15 membres du Conseil de Sécurité et aujourd'hui 192 Etats membres).

Nécessaire également parce qu'il faut améliorer l'efficacité du Conseil de Sécurité. Dans un monde confronté à des défis aussi multiples que complexes parmi lesquels figurent la montée du terrorisme international, la pauvreté croissante, la gestion des ressources naturelles et de l'environnement, la prolifération des armes nucléaires, la montée des extrémismes religieux, etc.

On ne peut tolérer que le Conseil de Sécurité fasse preuve d'un  manque de cohérence entre son attention aux différents conflits et sa réaction effective.

Nécessaire enfin parce qu'il faut tenir compte de la diversification des contributions au budget général des Nations-Unies. On ne peut, en effet, pas admettre que les pays comme le Japon et l'Allemagne, respectivement 2e et 3e contributeur au budget de l'ONU, soient tenus à l'écart du Conseil de Sécurité malgré leur grand poids économique.

Cependant, force est de constater que les perspectives de cette réforme connaissent encore quelques zones d'ombre. S'il est vrai que toutes les voix s'accordent aujourd'hui pour réclamer l'élargissement du Conseil de Sécurité en admettant de nouveaux membres permanents et non permanents, les critères de sélection, le nombre et le statut de ces membres soulèvent toujours des controverses.

 Faut-il par exemple privilégier la représentation géographique en tenant compte du poids géographique des différents membres de l'ONU dont pratiquement le tiers est africain avec 53 Etats membres ?

Faut-il, au contraire, donner primauté à la représentation géographique en accordant des sièges permanents au Conseil de Sécurité élargi à des pays comme l'Inde et le Pakistan ou encore la Corée du Nord, qui, parce que détenteurs de l'arme nucléaire, ont une contribution non négligeable à apporter au maintien de la paix et de la sécurité internationales ; même si tous ces pays ne sont représentatifs que d'une seule région géographique, à savoir l'Asie ?

Bien plus, d'autres obstacles sérieux jonchent le chemin de l'élargissement du Conseil de Sécurité.

Certains, sont internes à l'ONU par exemple la lenteur d'avancement des travaux du groupe de travail à composition illimitée chargée de recueillir les propositions des Etats sur la réforme du Conseil de Sécurité et la complexité du processus de révision de la Charte des Nations-Unies.

D'autres sont externes à l'ONU. Ils découlent des intérêts légitimes des grandes puissances, surtout des 5 membres permanents actuels du Conseil de Sécurité, qui ne sont pas prêts à accepter l'octroi d'un siège permanent du Conseil de Sécurité à certains Etats rivaux, d'une part, et d'autre part, du doute sérieux quant à l'efficacité du Conseil de Sécurité élargi, étant donné que le constat est unanimement fait de l'inefficacité du Conseil de Sécurité à 15.

Malgré tous ces obstacles, nous sommes de ceux qui croient que la réforme du Conseil de Sécurité des Nations-Unies est nécessaire et inévitable.

Nécessaire pour son incidence sur la légitimité et l'efficacité du Conseil de Sécurité ; inévitable parce qu'après presque 60 ans d'existence, l'ONU ne peut indéfiniment faire abstraction des bouleversements que le monde a connu.

En définitive nous sommes conscients que nos réflexions ne peuvent prétendre à la perfection, étant entendu que d'autres propositions défendables sont émises par d'autres auteurs, nous ne pouvons conclure que par cette assertion de Barack Hussein Obama, 44ème président des Etats-Unis «  Yes We Can » (Oui nous pouvons réformer le conseil de sécurité) dans les années à venir.                                                                                                

Baréma Bocoum


 

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